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Femme vérifiant une photo, une vidéo et un message vocal sur son smartphone
Photos, vidéos et voix peuvent désormais être générées ou modifiées par intelligence artificielle.

Imaginez la scène.

Votre responsable vous envoie un message vocal et vous demande d’effectuer rapidement un virement. Vous reconnaissez sa voix, son intonation, sa façon de parler… Il n’y a presque aucune raison de douter.

Et pourtant, la personne que vous entendez n’est peut-être pas votre responsable.

Avec les outils d’intelligence artificielle actuels, il est devenu possible de reproduire une voix, modifier une photographie ou fabriquer une vidéo très crédible, parfois à partir de quelques images ou extraits audio récupérés sur Internet.

Les faux grossiers avec des mains étranges et des visages déformés existent toujours, mais ils ne représentent plus le principal danger. Les contenus artificiels deviennent suffisamment réalistes pour que nos yeux et nos oreilles ne suffisent plus toujours à faire la différence.

À retenir : aujourd’hui, la bonne question n’est plus seulement « Est-ce que cette photo ou cette vidéo a l’air fausse ? », mais plutôt « D’où vient-elle, dans quel contexte a-t-elle été publiée et puis-je vérifier ce qu’elle affirme ? »

Pas besoin pour autant de devenir paranoïaque ou expert en criminalistique numérique. Quelques bons réflexes permettent déjà d’éviter une grande partie des pièges.

Peut-on encore croire ce que l’on voit et ce que l’on entend ?

Oui… mais plus aveuglément.

Une photo, une vidéo ou un enregistrement audio peut désormais être :

  • entièrement authentique ;
  • authentique mais sorti de son contexte ;
  • partiellement modifié ;
  • créé entièrement par une intelligence artificielle ;
  • associé à une légende, une date ou un lieu volontairement faux.

Et c’est justement ce dernier point que l’on oublie souvent.

Il n’est pas nécessaire de fabriquer une fausse image pour tromper quelqu’un. Une vraie photographie prise cinq ans auparavant peut être présentée comme ayant été prise hier. Une vraie vidéo tournée dans un autre pays peut être utilisée pour illustrer un événement qui vient de se produire en France.

Le fichier est authentique. Ce qu’on vous raconte à son sujet ne l’est pas.

Authenticité, exactitude et contexte : trois choses différentes

Pour savoir si un contenu mérite votre confiance, il faut distinguer trois notions.

1. L’authenticité

L’image ou l’enregistrement provient-il réellement d’un appareil photo, d’une caméra ou d’un microphone, ou a-t-il été créé artificiellement ?

C’est la question technique.

2. L’exactitude

Le contenu représente-t-il correctement ce qui s’est réellement passé ?

Une photo peut être parfaitement authentique tout en donnant une vision trompeuse de la situation.

Imaginez par exemple une rue remplie d’eau. La photo est vraie. Mais si elle est cadrée de manière à masquer la bouche d’incendie qui vient d’exploser, puis présentée comme la conséquence d’une inondation exceptionnelle, l’image devient trompeuse sans avoir été retouchée.

3. Le contexte

Quand et où l’image a-t-elle été prise ? Que s’est-il passé juste avant ? Que s’est-il passé ensuite ? Qui l’a publiée et pourquoi ?

Une courte vidéo peut par exemple montrer quelqu’un prononçant une phrase choquante alors que les trente secondes précédentes en changent complètement le sens.

Une information peut donc être fausse sans qu’un seul pixel ait été modifié.

Qu’est-ce qu’un deepfake ?

Le terme anglais deepfake, que l’on peut également traduire par hypertrucage, désigne généralement un contenu audio, photo ou vidéo créé ou modifié grâce à l’intelligence artificielle afin de faire croire qu’une personne a fait ou dit quelque chose.

Les techniques ont énormément progressé.

Il est notamment possible de :

  • remplacer le visage d’une personne dans une vidéo ;
  • modifier les mouvements de ses lèvres ;
  • reproduire sa voix ;
  • créer une personne qui n’existe pas ;
  • faire prononcer à quelqu’un une phrase qu’il n’a jamais dite ;
  • modifier ou supprimer des objets dans une photographie ;
  • créer entièrement une scène qui n’a jamais existé.

Les images générées ou modifiées par l’IA

Créer une photographie réaliste à partir d’une simple description est désormais à la portée de presque tout le monde.

Une instruction telle que « une personne assise dans un café parisien un matin d’automne » peut produire en quelques secondes une image qui ressemble à une véritable photographie.

Il y a quelques années, les défauts étaient relativement faciles à repérer : doigts supplémentaires, lunettes asymétriques, oreilles étranges, textes illisibles…

Ces erreurs existent encore, mais elles deviennent beaucoup moins systématiques.

Il faut donc éviter le raisonnement :

« Les mains sont normales, donc la photo est vraie. »

Ce n’est plus une méthode fiable.

Une vraie photo peut aussi être modifiée

L’intelligence artificielle permet également de transformer une photographie existante.

On peut supprimer une personne, déplacer un objet, modifier un arrière-plan ou prolonger une image au-delà de ses limites d’origine.

Ces fonctions sont fantastiques pour la création graphique ou la restauration de photographies.

Mais elles peuvent évidemment être utilisées pour tromper.

Le problème n’est donc pas l’outil lui-même, mais l’utilisation qui en est faite et la manière dont le résultat est présenté.

Les vidéos truquées deviennent elles aussi beaucoup plus crédibles

Femme observant avec méfiance les participants d’une visioconférence
Voir quelqu’un en visioconférence ne garantit plus automatiquement son identité.

Les premiers deepfakes présentaient souvent des défauts évidents : bouche mal synchronisée, contours du visage instables, clignements étranges ou différences d’éclairage.

Ces défauts deviennent de moins en moins visibles.

Il est même possible de modifier un visage ou une voix pendant une visioconférence.

Un exemple particulièrement impressionnant a été révélé à Hong Kong en 2024 : un employé d’une entreprise a effectué plusieurs virements représentant plus de 20 millions d’euros après avoir participé à une visioconférence dans laquelle il pensait reconnaître plusieurs collègues et dirigeants. Les autres participants étaient en réalité des imitations numériques.

Cet exemple montre quelque chose d’important :

Voir une personne en direct sur votre écran ne constitue plus, à lui seul, une preuve suffisante de son identité.

Une voix familière n’est plus une preuve d’identité

Homme écoutant avec méfiance un appel pouvant utiliser une voix clonée
Une voix familière ne suffit plus toujours à confirmer l’identité d’une personne.

La reproduction artificielle de la voix est probablement l’un des usages les plus inquiétants pour le grand public.

À partir d’échantillons audio disponibles sur les réseaux sociaux, dans une vidéo YouTube, un podcast ou une conférence, certains outils peuvent aujourd’hui produire une imitation très convaincante d’une voix.

Imaginez recevoir l’appel suivant :

« Papa, j’ai eu un accident. Mon téléphone est cassé. J’ai besoin que tu m’envoies de l’argent tout de suite… »

La voix ressemble à celle de votre enfant.

Votre première réaction sera naturellement émotionnelle.

C’est exactement ce que recherchent les escrocs.

Dans une situation urgente, la priorité est donc de vérifier l’identité de la personne par un autre moyen.

Les principaux signes qui doivent vous faire ralentir

Certains détails peuvent encore attirer votre attention. Mais attention : aucun de ces signes ne constitue à lui seul une preuve qu’un contenu a été généré par une IA.

Dans une photographie

Observez notamment :

  • les mains, doigts, oreilles et lunettes ;
  • les bijoux et petits accessoires ;
  • les textes présents sur les panneaux ou vêtements ;
  • les reflets dans les vitres et miroirs ;
  • les ombres et sources de lumière ;
  • les motifs répétitifs comme les carreaux, clôtures ou briques ;
  • les détails de l’arrière-plan.

Un reflet impossible, une inscription étrange ou un objet qui se fond dans un autre peuvent mettre la puce à l’oreille.

Mais l’absence de défaut ne prouve absolument pas que l’image est réelle.

Dans une vidéo

Vous pouvez regarder :

  • la synchronisation entre les lèvres et la voix ;
  • les mouvements du visage ;
  • les cheveux et les contours du visage ;
  • les reflets ;
  • les ombres ;
  • les objets en mouvement dans l’arrière-plan.

Si quelque chose vous paraît bizarre, essayez également de mettre la vidéo sur pause à différents moments.

Mais là encore, les générateurs vidéo progressent rapidement. La recherche d’un « détail bizarre » ne doit donc être considérée que comme un indice parmi d’autres.

Dans un message vocal ou un appel

Une voix artificielle peut parfois présenter :

  • un rythme inhabituel ;
  • des pauses étranges ;
  • des variations émotionnelles peu naturelles ;
  • une prononciation légèrement différente de celle de la personne ;
  • un environnement sonore incohérent.

Mais les meilleurs systèmes savent également reproduire les hésitations, les respirations ou les émotions.

Ne comptez donc jamais uniquement sur votre oreille pour authentifier une personne lorsque de l’argent ou des informations sensibles sont en jeu.

La meilleure méthode : vérifier le comportement du contenu plutôt que son apparence

C’est probablement le changement de réflexe le plus important.

Au lieu de vous demander uniquement :

« Est-ce que cela ressemble à un faux ? »

demandez-vous :

« Est-ce que la situation autour de ce contenu est normale ? »

Par exemple :

  • Pourquoi cette personne me demande-t-elle soudainement de l’argent ?
  • Pourquoi me demande-t-elle de garder la transaction secrète ?
  • Pourquoi dois-je agir dans les cinq prochaines minutes ?
  • Pourquoi utilise-t-elle un nouveau numéro ?
  • Pourquoi cette information spectaculaire n’apparaît-elle nulle part ailleurs ?
  • Pourquoi la vidéo n’existe-t-elle que sur un compte inconnu créé récemment ?

Ces anomalies sont parfois beaucoup plus révélatrices qu’un défaut technique dans l’image.

Ma méthode simple en 6 étapes pour vérifier un contenu suspect

Étape 1 : ne partagez rien immédiatement

Une information qui provoque une forte émotion mérite justement quelques minutes de réflexion supplémentaires. Peur, colère, indignation, enthousiasme… ces émotions favorisent le partage impulsif. Si une publication vous donne immédiatement envie de cliquer sur « Partager », arrêtez-vous quelques instants.

Étape 2 : regardez qui publie l’information

Posez-vous quelques questions simples :
  • Connaissez-vous cette source ?
  • S’agit-il réellement du compte officiel ?
  • Le compte existe-t-il depuis longtemps ?
  • Publie-t-il des informations vérifiables ou uniquement des contenus sensationnels ?
  • D’autres médias fiables parlent-ils du même événement ?
Un nombre énorme de vues ou de partages ne constitue pas une preuve. Une fausse information peut justement devenir virale parce qu’elle est spectaculaire.

Étape 3 : vérifiez la date et le lieu

C’est extrêmement important. Une photographie authentique prise en 2021 peut être repartagée en 2026 avec une nouvelle légende. Regardez les bâtiments, panneaux, plaques, vêtements, météo ou véhicules visibles dans l’image. Une recherche rapide peut parfois suffire à montrer que la scène n’a aucun rapport avec l’histoire racontée.
Homme comparant une image suspecte sur son smartphone et son ordinateur
Avant de partager une image spectaculaire, mieux vaut vérifier sa source et son contexte.

Étape 4 : faites une recherche d’image inversée

Pour une photographie, Google Lens est probablement l’outil le plus simple pour le grand public. Vous pouvez lui fournir une image afin de rechercher des images similaires sur Internet. Vous découvrirez parfois que la fameuse « photo prise ce matin » apparaissait déjà dans un article publié plusieurs années auparavant. TinEye peut également être utile pour retrouver d’anciennes occurrences d’une image. Pour les utilisateurs plus avancés, l’extension InVID-WeVerify permet notamment d’extraire des images d’une vidéo et de faciliter leur vérification. Cet outil est notamment utilisé dans le domaine du fact-checking.

Étape 5 : cherchez une confirmation indépendante

Une seule source ne suffit pas toujours. Lorsqu’un événement important vient réellement de se produire, il est généralement possible d’en trouver confirmation auprès d’autres sources. Attention toutefois : dix sites qui recopient la même dépêche ou le même message ne représentent pas forcément dix confirmations indépendantes. L’idéal est de trouver plusieurs sources ayant effectué leur propre vérification.

Étape 6 : si une personne vous demande quelque chose, vérifiez son identité autrement

C’est le réflexe le plus important lorsqu’une demande concerne :
  • de l’argent ;
  • un virement ;
  • un mot de passe ;
  • un code reçu par SMS ;
  • des coordonnées bancaires ;
  • des documents personnels ;
  • des informations confidentielles.
Vous recevez un appel de votre fils qui vous demande de l’argent ? Raccrochez puis appelez vous-même son numéro habituel. Votre responsable vous demande un virement inhabituel lors d’une visioconférence ? Contactez-le par un autre moyen connu : téléphone interne, messagerie professionnelle ou directement en personne.
Règle d’or : ne vérifiez jamais une demande suspecte en utilisant le numéro de téléphone, le lien ou l’adresse fournis dans cette même demande.

Le mot de passe familial : une idée toute simple qui peut éviter une arnaque

Voici une protection extrêmement simple à mettre en place.

Choisissez avec les membres proches de votre famille un mot ou une petite phrase secrète.

Quelque chose de facile à retenir pour vous, mais qu’une personne extérieure ne peut pas deviner en consultant vos réseaux sociaux.

Si quelqu’un vous appelle un jour en prétendant être votre enfant ou un proche et vous demande de l’argent en urgence, demandez-lui ce mot.

N’utilisez évidemment pas :

  • le prénom du chien ;
  • une date de naissance ;
  • le nom de votre ville ;
  • une information visible sur Facebook ou Instagram.

C’est une protection très rudimentaire technologiquement… et justement très difficile à contourner par une simple imitation de voix.

Les métadonnées peuvent aider, mais elles ne prouvent pas tout

Les photographies et vidéos peuvent contenir des informations invisibles appelées métadonnées.

Elles peuvent notamment indiquer :

  • la date de prise de vue ;
  • le modèle d’appareil ;
  • certains paramètres photographiques ;
  • parfois la localisation.

Ces informations peuvent être utiles pour vérifier un fichier original.

Mais il faut être prudent.

De nombreux réseaux sociaux et services de messagerie suppriment ou modifient certaines métadonnées lors de l’envoi ou de la compression d’une image.

L’absence de métadonnées n’est donc pas la preuve qu’une image est fausse.

Inversement, la présence de métadonnées cohérentes ne garantit pas non plus que le contenu dit la vérité.

Les « Content Credentials » : une sorte de carte d’identité du fichier

De nouvelles technologies tentent également d’améliorer la traçabilité des images, vidéos et contenus générés par intelligence artificielle.

Le standard C2PA, par exemple, permet d’associer à un fichier des informations relatives à son origine et à certaines modifications effectuées.

On parle souvent de Content Credentials.

Certains outils d’IA utilisent également des techniques de filigranage numérique invisibles, comme SynthID.

Ces technologies peuvent être très utiles, mais elles ne constituent toujours pas une preuve absolue. Les métadonnées peuvent notamment disparaître lorsqu’une image est convertie ou capturée à nouveau sous forme de copie d’écran, tandis que les filigranes ont eux aussi leurs limites.

Autre point essentiel : prouver l’origine d’une photographie ne prouve pas que ce qu’elle montre est honnête.

On peut très bien photographier réellement une scène mise en scène.

Peut-on faire confiance aux détecteurs d’images ou de textes générés par IA ?

Il existe de nombreux services capables d’indiquer qu’une image, un texte, une voix ou une vidéo semble avoir été créé par une intelligence artificielle.

Ils peuvent être utiles.

Mais ne prenez jamais leur résultat comme un verdict.

Un détecteur qui affiche :

« Probabilité de contenu artificiel : 87 % »

ne signifie pas :

« Cette image est fausse à 87 %. »

Il indique simplement qu’un algorithme a trouvé certaines caractéristiques ressemblant à celles qu’il associe à des contenus artificiels.

Les détecteurs peuvent produire des faux positifs et des faux négatifs.

Et plus les générateurs progressent, plus cette course entre création et détection devient compliquée.

Utilisez donc un détecteur comme un indice supplémentaire, jamais comme la preuve finale.

Attention aux demandes urgentes concernant de l’argent

Homme hésitant avant d’effectuer un paiement en ligne avec sa carte bancaire
Une demande urgente de paiement doit toujours être vérifiée avant d’agir.

C’est probablement le cas où cette technologie devient la plus dangereuse.

Une demande frauduleuse peut désormais arriver sous la forme :

  • d’un SMS ;
  • d’un e-mail ;
  • d’un message WhatsApp ;
  • d’un appel téléphonique ;
  • d’un message vocal ;
  • ou même d’une visioconférence.

Le simple fait de reconnaître une voix ou un visage n’est donc plus suffisant.

Les fraudeurs utilisent également des leviers psychologiques classiques :

  • « C’est urgent. »
  • « Ne préviens personne. »
  • « Je t’expliquerai après. »
  • « Il faut faire le virement dans les dix prochaines minutes. »
  • « Mon téléphone est cassé, voici mon nouveau numéro. »

Plus on vous demande d’agir rapidement, plus vous devez ralentir.

Que faire si vous pensez qu’une photo, une vidéo ou une voix est fausse ?

1. Ne la diffusez pas davantage

Même avec la bonne intention de demander :

« Vous croyez que c’est vrai ? »

vous contribuez à sa propagation.

Si vous devez en parler, décrivez plutôt le contenu ou utilisez une capture clairement annotée comme étant suspecte.

2. Conservez les preuves

En cas d’escroquerie, de harcèlement ou d’usurpation :

  • conservez les messages ;
  • faites des captures d’écran ;
  • notez les numéros utilisés ;
  • conservez les adresses e-mail ;
  • notez les dates et heures ;
  • gardez les éventuels justificatifs de paiement.

Ne modifiez pas inutilement le fichier original si vous l’avez encore.

3. Signalez le contenu à la plateforme

Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, X et les autres grandes plateformes disposent de fonctions permettant de signaler des contenus trompeurs, usurpant une identité ou enfreignant leurs règles.

4. En France, utilisez les services adaptés

Si vous êtes victime d’une cybermalveillance, 17Cyber est le service public français d’assistance en ligne. Il permet d’obtenir un diagnostic et des conseils adaptés et, lorsque la situation le nécessite, un accompagnement par un policier ou un gendarme.

Pour certains contenus publics illicites diffusés sur Internet, le portail officiel PHAROS permet d’effectuer un signalement.

Pour certaines escroqueries commises sur Internet, les particuliers peuvent également utiliser la plateforme THESEE pour effectuer un signalement ou déposer plainte lorsque leur situation correspond aux cas pris en charge par le service.

Et si de l’argent vient d’être transféré, contactez immédiatement votre banque. Chaque minute peut compter.

Et la loi dans tout ça ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les deepfakes ne se trouvent pas dans une sorte de vide juridique total.

En France, l’article 226-8 du Code pénal vise notamment la diffusion, sans consentement, de certains montages ou contenus visuels ou sonores générés par traitement algorithmique représentant l’image ou les paroles d’une personne, lorsque leur caractère artificiel n’est pas évident ou n’est pas indiqué. Les sanctions sont renforcées lorsque la diffusion se fait en ligne.

Le Code pénal prévoit également des dispositions spécifiques pour certains contenus à caractère sexuel créés ou diffusés sans le consentement de la personne représentée.

Au niveau européen, les obligations de transparence prévues par l’AI Act s’appliquent depuis le 2 août 2026 pour de nombreux usages concernés. Le règlement prévoit notamment que certains contenus constituant des deepfakes doivent être signalés comme ayant été générés ou manipulés par une intelligence artificielle.

La législation évolue cependant rapidement. Pour une situation personnelle sérieuse, mieux vaut se rapprocher des services officiels ou d’un professionnel du droit.

L’intelligence artificielle n’est évidemment pas uniquement un danger

Il serait dommage de terminer cet article en donnant l’impression que toute création artificielle est forcément malveillante.

Ces technologies permettent également de faire énormément de choses utiles.

Elles peuvent par exemple :

  • aider à créer des illustrations ;
  • restaurer d’anciennes photographies ;
  • améliorer la qualité d’un enregistrement ;
  • générer des voix pour les personnes ayant perdu la parole ;
  • créer des supports pédagogiques ;
  • traduire ou doubler des vidéos ;
  • simuler certaines situations pour la formation ;
  • faciliter la création pour des personnes ne maîtrisant pas des logiciels complexes.

Le problème n’est donc pas qu’une image soit créée par une intelligence artificielle.

Le problème apparaît lorsqu’on essaie volontairement de vous faire croire qu’elle représente la réalité.

Pourquoi indiquer clairement qu’un contenu a été créé avec l’IA ?

Imaginons que vous créiez une jolie image humoristique avec ChatGPT pour votre famille.

Il n’y a évidemment aucun problème.

Mais si la même image montre une personne réelle dans une situation qui n’a jamais existé, il devient important de préciser qu’elle a été créée ou modifiée.

Une simple mention :

« Image générée avec une intelligence artificielle »

évite énormément d’ambiguïtés.

C’est d’ailleurs une habitude que nous devrions progressivement adopter collectivement.

La petite checklist Informatique Sans Stress

Vous venez de recevoir une photo, une vidéo ou un message vocal étonnant ?

Avant d’y croire ou de le partager, posez-vous ces questions :

  1. Qui me l’envoie ?
  2. Quelle est la source originale ?
  3. La date et le lieu sont-ils vérifiables ?
  4. D’autres sources fiables confirment-elles l’information ?
  5. Une recherche avec Google Lens retrouve-t-elle une ancienne version de l’image ?
  6. Le message cherche-t-il à provoquer une réaction émotionnelle très forte ?
  7. Me demande-t-on d’agir immédiatement ?
  8. De l’argent, un mot de passe ou des informations personnelles sont-ils demandés ?

Si les deux dernières réponses sont « oui », arrêtez tout et vérifiez l’identité de la personne par un autre canal.

Le réflexe le plus important : ralentir

Senior vérifiant calmement une information sur son smartphone avant d’agir
Face à un contenu douteux, quelques minutes de vérification peuvent éviter bien des problèmes.

On pourrait imaginer qu’il faut maîtriser des logiciels compliqués pour se protéger des deepfakes.

En réalité, votre meilleure protection est souvent beaucoup plus simple.

Ne pas réagir immédiatement.

Les arnaques fonctionnent en grande partie parce qu’elles tentent de supprimer le temps nécessaire à la réflexion.

« Vite. »

« C’est urgent. »

« Fais-le maintenant. »

« Ne téléphone à personne. »

Ces phrases doivent désormais déclencher le réflexe inverse :

je ralentis, je vérifie, puis seulement j’agis.

Conclusion : alors, peut-on encore faire confiance à une photo, une vidéo ou une voix ?

Oui.

Mais nous devons progressivement abandonner l’idée qu’une photo constitue automatiquement une preuve, qu’une vidéo ne peut pas mentir ou qu’une voix familière garantit l’identité de la personne.

À l’ère de l’intelligence artificielle, la confiance ne disparaît pas : elle se vérifie.

Pas besoin pour autant de devenir méfiant envers tout ce que vous voyez sur Internet.

Adoptez simplement quelques réflexes :

  • vérifier la source ;
  • chercher le contexte ;
  • recouper l’information ;
  • ralentir lorsqu’un contenu provoque une forte émotion ;
  • et toujours confirmer autrement une demande impliquant de l’argent ou des informations sensibles.

Finalement, le meilleur outil contre les deepfakes n’est peut-être pas un logiciel ultracompliqué.

C’est cette petite phrase que nous devrions tous prendre l’habitude de prononcer :

« Attends… je vérifie. »

Et en informatique comme ailleurs, prendre trente secondes pour vérifier peut éviter beaucoup de stress.

FAQ

Oui, parfois, mais cela devient de plus en plus difficile à l’œil nu. Certains défauts peuvent encore mettre la puce à l’oreille, comme des reflets incohérents, des textes étranges ou des détails anormaux. Cependant, l’absence de défaut ne prouve pas qu’une image est authentique. Le meilleur réflexe reste de vérifier sa source, son contexte et, si possible, d’effectuer une recherche d’image inversée.

Le plus simple est de commencer avec Google Lens ou un outil de recherche d’image inversée. Vous pourrez ainsi voir si la photo a déjà été publiée auparavant et dans quel contexte. Vérifiez également la date, le lieu annoncé et si des médias ou sources fiables parlent du même événement.

Un deepfake, aussi appelé hypertrucage, est une image, une vidéo ou un enregistrement audio créé ou modifié grâce à l’intelligence artificielle. Il peut par exemple donner l’impression qu’une personne a prononcé une phrase qu’elle n’a jamais dite ou qu’elle apparaît dans une vidéo à laquelle elle n’a jamais participé.

Oui. Les technologies de clonage vocal sont désormais capables de reproduire de manière très convaincante certaines voix à partir d’échantillons audio. C’est pourquoi reconnaître la voix d’un enfant, d’un collègue ou d’un proche ne suffit plus toujours à confirmer son identité, surtout lorsqu’une demande urgente d’argent accompagne l’appel.

Ne payez pas immédiatement, même si la voix semble parfaitement authentique. Raccrochez et appelez vous-même votre proche sur son numéro habituel. Vous pouvez également lui poser une question personnelle ou utiliser un mot de passe familial convenu à l’avance. N’utilisez jamais uniquement les coordonnées fournies pendant l’appel suspect pour effectuer la vérification.

Pas complètement. Les détecteurs peuvent être utiles pour identifier certains indices, mais ils peuvent également se tromper. Un résultat indiquant qu’une image est « probablement générée par IA » n’est pas une preuve. Il faut toujours croiser ce résultat avec la source du fichier, son contexte et d’autres éléments indépendants.

Elles peuvent aider, mais elles ne donnent pas une réponse définitive. Une photo originale peut contenir la date de prise de vue, le modèle de l’appareil ou parfois une localisation. Mais de nombreux réseaux sociaux et services de messagerie suppriment ces informations. L’absence de métadonnées ne signifie donc pas automatiquement qu’une photo est fausse.

Oui. Certaines technologies permettent désormais de modifier un visage ou une voix quasiment en temps réel pendant une visioconférence. C’est pourquoi une demande sensible, comme un virement ou l’envoi de documents confidentiels, devrait toujours être confirmée par un deuxième moyen de communication.

Commencez par conserver les preuves : captures d’écran, URL, messages, dates, heures et fichiers originaux si vous les possédez. Signalez ensuite le contenu à la plateforme concernée. En France, selon la situation, vous pouvez également utiliser les services publics comme 17Cyber, PHAROS ou THESEE, notamment en cas d’escroquerie, d’usurpation ou de cybermalveillance.

Le meilleur réflexe est étonnamment simple : ralentir avant d’agir. Vérifiez la source, recherchez le contexte, comparez plusieurs sources et confirmez par un autre moyen toute demande concernant de l’argent ou des informations personnelles. Plus un message cherche à vous faire agir rapidement, plus vous devez prendre le temps de vérifier.

Le mot de Sébastien

En préparant cet article, je me suis fait une réflexion toute simple : on va devoir changer certaines habitudes que l’on avait depuis toujours.

Pendant des années, voir une photo, regarder une vidéo ou reconnaître la voix de quelqu’un suffisait souvent à nous rassurer. On se disait naturellement : « Je l’ai vu », « Je l’ai entendu », donc c’est vrai.

Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, ce n’est malheureusement plus aussi simple.

Et je comprends très bien que cela puisse être un peu déstabilisant. Personnellement, je n’ai aucune envie de vivre dans un monde où je devrais soupçonner chaque photo, chaque vidéo ou chaque appel téléphonique.

Ce n’est d’ailleurs pas ce que je vous conseille.

Mon objectif avec Informatique Sans Stress reste exactement le même : vous aider à comprendre la technologie pour pouvoir l’utiliser sereinement, sans avoir peur de cliquer partout… mais sans être naïf non plus.

Pour moi, le meilleur réflexe face aux deepfakes et aux contenus générés par IA n’est donc pas de devenir méfiant envers tout.

C’est simplement de ralentir quand quelque chose paraît inhabituel.

Si une vidéo vous semble incroyable, prenez quelques instants pour chercher sa source. Si une information vous met immédiatement en colère ou vous fait peur, regardez si d’autres sources sérieuses la confirment. Et surtout, si quelqu’un vous demande de l’argent, un mot de passe ou des informations personnelles dans l’urgence, prenez le temps de vérifier son identité autrement.

Ce sont finalement de petits gestes. Mais ce sont souvent ces petits gestes qui évitent les gros problèmes.

Et j’aimerais vraiment que vous reteniez cette idée après avoir lu cet article :

vous n’avez pas besoin d’être informaticien, spécialiste de l’intelligence artificielle ou expert en cybersécurité pour vous protéger.

Vous avez simplement besoin de quelques bons réflexes.

De mon côté, je continuerai à essayer de vous expliquer ces nouvelles technologies avec des mots simples, au fur et à mesure qu’elles évoluent. Parce que l’intelligence artificielle va continuer à progresser, et les faux deviendront certainement encore plus difficiles à reconnaître.

Mais il y a une chose que l’IA aura toujours du mal à remplacer : notre capacité à réfléchir avant d’agir.

Alors, la prochaine fois qu’une photo, une vidéo ou une voix vous semble étrange — ou au contraire un peu trop convaincante — gardez simplement cette petite phrase en tête :

« Attends… je vais vérifier. »

Quelques secondes de vérification peuvent parfois éviter beaucoup de stress. Et finalement, c’est aussi ça, l’esprit d’Informatique Sans Stress. 🙂

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2 Commentaires
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Véronique
11 heures il y a

Bonjour,
Et oui, à l’ère de l’intelligence artificielle, on peut faire beaucoup de choses. Et comme pour toute nouvelle découverte, certains préfèrent l’utiliser dans un mauvais sens.
Merci pour cet article plein de bon sens. Ne pas réagir sous le coup de l’émotion mais ralentir pour analyser la situation.


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